Extrait du roman fantastique Le Sacrifice des Loups par Michel Estèbe
Nouvelle vie
La viande impropre où les déchets étaient récupérés tous les
matins par des spécialistes.
Recyclés en aliments pour animaux ou conditionnés pour incinération,
tout était mélangé, en vrac dans des containers en plastique, qui étaient pesés,
réglés directement de la main à la main, et remplacés par des vides.
Meloch eut le temps de se doucher avant d'enfiler un costume tout neuf
de boucher que l'on avait préparé à son intention.
John fit son entrée, propre et fier, dans le laboratoire, heureux
d'arborer son nouveau costume. Il venait de changer de peau.
Il se sentit immédiatement adopté par ces bouchers souriants, y
compris par les deux monstres qui gloussaient de le voir si empoté, là où ils étaient
des rois, des maîtres, qui bientôt se révéleraient d'excellents professeurs.
Meloch se montrait très adroit et attentif, il avait enregistré en un
rien de temps les techniques et avait un bon tour de main.
En peu de temps, tout avait changé dans sa vie. Il avait un salaire
plus que convenable, bénéficiait en plus de quelques largesses en viande fraîche.
Son réfrigérateur faisait plaisir à voir, on pouvait aller chez lui
à l'improviste il y avait de quoi nourrir un régiment.
John était souvent l'invité de ses amis les SENATOR à des barbecues
parties, où l'on rencontrait de jolies filles et quelques personnalités.
Il allait même parfois boire une bière avec les gentils monstres,
Burt et Kevin qui ne regardaient jamais à la dépense.
On lui avait confié les clés de la boutique, c'est lui qui faisait
souvent l'ouverture et la fermeture.
Cette marque de confiance le stimulait dans son désir de bien
faire.
Il restait plus tard pour nettoyer, il aimait son métier, il aimait
préparer la viande pour les clients, il excellait au maniement de la lame.
Meloch très adroit n'avait pas son pareil pour tuer, décapiter,
vider, désosser, nettoyer, ranger...
En quelques mois, il était devenu lui aussi un excellent
professionnel, il travaillait presque aussi vite que les autres et ne volait pas son
salaire.
Son travail épuisant et journalier ne lui permettait plus de divaguer
dans ses rêves.
Sa nouvelle condition, au contraire, lui convenait parfaitement et
avait libéré son esprit de ses anciennes préoccupations, de ses vieux démons.
Le patron lui accordait sa confiance plus qu'à ses propres fils
pour les tâches délicates et certaines livraisons.
Meloch vivait seul sans attache, sans contraintes, presque sans idées.
Il n'y avait aucune femme, aucun ami dans sa vie, il s'était mis à aimer son travail plus que de raison. Le professeur avait peu à peu disparu, ses connaissances en philosophie refoulées en arrière plan.
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