Extrait du roman fantastique Le Sacrifice des Loups par Michel Estèbe
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Il faisait nuit, la pluie tambourinait sur la poche en matière plastique provenant du supermarché voisin que, par souci d'économie, d'étanchéité et d'isolation, JOHN Meloch avait fixée sur l'unique fenêtre de son logement pour en remplacer la vitre brisée.
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La camionnette neuve faisait une tache incongrue dans ce quartier
jonché d'épaves. Inquiet, il déchargea les deux quartiers de boeuf chez son client un
boucher minable en perte de vitesse dont il ne tarderait pas sans aucun doute à racheter
le matériel en particulier son merveilleux malaxeur, dernier cri de la technique.
Il comptait bien ne pas s'éterniser dans cette zone. Alors qu'il
allait remonter dans le FORD, il vit un petit couple d'enfants gratter avec leurs doigts
aux ongles noirs, de minuscules morceaux de viande et de sang séché en les portant à
leur bouche pour les manger. Il les repoussa sans violence pour fermer les portes. Les
enfants décharnés bougeaient à peine très lentement, comme pour ne pas abandonner trop
vite le rêve de leur vision. Goûtant même l'odeur du sang.
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Sur les marches d'un immeuble de l'autre côté de la rue, il
aperçoit un quatuor de vieillards, à même le sol, plus ou moins protégés dans leur
maison de carton.
Trop faibles pour se défendre, ils vivent dans la rue, les voyous du
quartier gardent pour eux les meilleures places.
Dérisoires abris, ils auront un semblant de toit tant qu'il se vendra
encore dans cette zone une télévision ou un réfrigérateur.
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Demain, il irait travailler normalement, de dépecer un cadavre humain
ne lui faisait ni chaud ni froid, simplement un petit picotement au creux des reins. Ce
qu'il savait, c'est qu'il était passé au stade supérieur, ce n'était plus un simple
chasseur, mais un prédateur, le prédateur du mal.
Les règles du combat changeraient, car ces nouvelles proies seraient
plus dangereuses que les précédentes, sa guerre à lui commencerait demain.
Meloch mit en joue les antagonistes debout. Il n'hésita pas une
seconde et commença son tir.
A chacune des secousses silencieuses qu'il commandait avec son seul
index, une proie s'affalait sur le sol.
Il n'y avait pas de meilleur conseiller que ce diable de Phil dans
toute la région, en quelques secondes le silence fut total. Quelle arme, il
l'aimait déjà, mais la fête était finie cela lui semblait trop facile.
Rien ne bougeait aux alentours, on pouvait égorger n'importe qui sans
que personne n'intervienne.
Il y avait de nombreuses bagarres, la police était souvent prise pour
cible, et les autorités durent se résoudre à créer une ceinture fictive, en quelque
sorte des frontières pour délimiter les zones à hauts risques.
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MELOCH
- Vous m'apprenez que je suis recherché alors que toute ma vie c'est moi qui ai
recherché les autres. L'amour, l'amitié, la réussite, la famille, j'ai été privé de
tout jusqu'à mes trente-trois ans, c'est l'âge de la mort du Christ, et c'est là que
j'ai rencontré la lumière.
- Prenez garde que ce ne soit vous les pendus d'un jour prochain, et puis que faites-vous
ici, d'où vous vient le droit de venir me déranger ici. Votre présence dans ces locaux
qui me sont réservés me semble bien louche et je vous déconseille vivement d'insister.
Ne voulant pas se laisser intimider par Meloch, ils échangèrent des
coups, sans commentaire superflu. John qui avait un entraînement sur le terrain autrement
plus efficace que tous les sports de combats asiatiques, prit rapidement le dessus,
surpris, meurtris dans leur corps et dans leur honneur mal placé, ils firent machine
arrière. Refluant vers la sortie, les trois hommes démasqués, sans doute des
"Foguiens" de placard, déjà inquiets par la tournure qu'avait pris leur
démarche spontanée et interdite, disparaissaient vers la porte, une Bérézina
improvisée.
Ce départ en désordre fit sourire John de satisfaction.
Impressionnés par l'arrogance du prédateur et sa force au combat de
rue, ils ne demandèrent pas leur reste, disparaissant aussi vite qu'ils étaient entrés.
Une fois près de la sortie pour ne pas montrer qu'ils avaient eu peur,
ils décochèrent une ridicule petite flèche du Sparte, un commentaire du genre " on
te fera payer çà ".
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